Mettez-vous dans la peau d’un patron
Sur vos épaules reposent de nombreuses responsabilités, tant financières que sociales. Si un problème se présente, votre équilibre est alors mis à mal. Vous supervisez un certain nombre de salariés, mais une part de méfiance persiste à leur égard. Vous vous interrogez sur leur efficacité. Sont-ils des paresseux, des nuisibles, travaillent-ils pour la concurrence ? Pour leur propre compte ? Sont-ils en train de siphonner l’argent de l’entreprise ?
La confiance à l’ère numérique
Aujourd’hui, le numérique semble offrir des solutions à ces préoccupations de « confiance », avec des possibilités presque infinies. Il est maintenant possible de scruter les habitudes de chaque employé.
Techniquement, tout est possible
Certains logiciels, invisibles aux non-initiés, peuvent localiser les individus ou accéder à leur correspondance électronique. L’utilisation de proxys, notamment à travers les cartes mentales, permet d’identifier des mots-clés dans les sujets d’emails et de suivre les sites visités.
Les systèmes de DPI (deep packet inspection) affinant les données fournies par ces proxys, passent au crible l’ensemble des messages et non seulement les en-têtes. De plus, certains spywares analysent le contenu des disques durs, reconstruisent des textes à partir des frappes au clavier, prennent des captures d’écran, activent à distance le microphone ou la caméra, et enregistrent les conversations.
Les limites légales
Il convient de préciser que, si techniquement beaucoup de choses sont possibles, légalement tout ne l’est pas.
Les règles sont uniformes dans les secteurs public et privé, que ce soit dans les grandes entreprises, les PME ou pour les employés à domicile.
En procédant à une déclaration auprès de la CNIL, du comité d’entreprise, et en informant les employés tout en respectant les dispositions du Code du travail et de la législation sur les libertés informatiques, un employeur peut :
- Écouter et enregistrer vos appels téléphoniques sous certaines conditions.
- Lire vos SMS, à condition qu’ils ne soient pas étiquetés « privé ».
- Surveiller les appels entrants et sortants et évaluer la durée de vos communications personnelles.
- Geolocaliser vos déplacements lorsque cela est justifié.
- Installer des caméras de vidéosurveillance sur votre lieu de travail, en s’assurant de ne pas filmer en permanence ou les zones sensibles.
- Mettre en place un système de contrôle des horaires avec des badges électroniques.
- Accéder à vos écrits professionnels et documents, en les considérant comme des ressources de l’entreprise.
Vos droits et limites
Vous avez le droit d’utiliser votre email personnel de manière « raisonnable ». Votre patron ne peut pas consulter le contenu de vos messages ou fichiers privés, sauf si des soupçons sérieux de faute sont formulés. Cependant, la fréquence, volume et format des fichiers peuvent être contrôlés, et tous les messages en dehors des normes, comme ceux de nature sexiste ou raciste, sont interdits.
La surveillance des activités syndicales est prohibée.
Bien que vous puissiez naviguer sur le web à titre personnel, veillez à ne pas en abuser. Un dépassement des limites pourrait mener à des mesures disciplinaires. Utiliser votre ordinateur professionnel pour des activités personnelles pourrait également causer des soucis.
En cas de violation des règles de la CNIL, les informations recueillies ne seraient pas recevables comme preuve.
Précautions à prendre
Il est crucial de rester vigilant quand vous rédigez des messages professionnels. Chaque email doit être considéré comme potentiellement accessible par votre supérieur. Les émotions négatives ou propos déplacés ne doivent pas apparaître dans vos communications écrites.
Conservez des copies de vos échanges professionnels car ils peuvent disparaître. Vous êtes en droit de les transférer vers votre compte personnel.
Lorsque vous travaillez sous une hiérarchie, il est nécessaire de mettre votre supérieur en copie et de suivre le protocole hiérarchique. Le respect de l’intimité étant un droit fondamental, vos messages privés ne peuvent être violés. Pour garantir leur caractère personnel, ils doivent porter la mention « confidentiel ».
Informer vos contacts de la nature privée de vos messages est essentiel. Utilisez des étiquettes comme « privé » ou « confidentiel » dans l’objet ou le corps de l’email.
Créez un dossier « privé » en dehors de votre compte mail pour y archiver vos documents sensibles. En cas d’accès par un tiers, cela démontrera votre intention de privacité.
Gardez en tête que si vos messages contiennent des propos inappropriés, ceux-ci peuvent être divulgués, vous exposant à des sanctions.
Il est possible que le règlement de votre entreprise interdise l’envoi d’emails personnels. Bien que cela soit à risque, il n’est pas légitime d’interdire toute communication privée au travail.
Vous pouvez être surveillé de manière numérique sans autorisation et en absence. Evitez d’utiliser des outils de votre espace de travail pour des usages personnels.
Si vous devez communiquer avec un journaliste pour une alerte, ne l’utilisez pas via votre email professionnel !
Évitez d’ajouter vos collègues à vos amis sur des réseaux sociaux comme Facebook, surtout si vous n’avez que peu d’interactions avec eux. Les commentaires négatifs sur vos pairs ou votre entreprise sur les réseaux sociaux peuvent également être considérés comme diffamatoires.
Votre vie privée au travail
Les frontières entre vie personnelle et professionnelle deviennent floues. C’est à vous de protéger votre vie privée en évitant de mélanger ces deux sphères. Renseignez-vous bien ! Vous pouvez obtenir votre charte en contactant la commission et en fournissant le numéro SIRET de votre établissement, bien que celle-ci ne soit pas toujours disponible.